Le monde connaît une crise agricole aux multiples visages qui menace notre sécurité alimentaire dans les années à venir.
Les défis agricoles s’accumulent : selon la FAO,l'organisation des Nations Unis pour l'alimentation et
l'agriculture, il faudra augmenter notre production agricole de 70% d'ici 2050 pour nourrir 9 milliards d'habitants, dans une planète malmenée par des pollutions et des pénuries d'eau. Or,
aujourd’hui, la problématique de la faim dans le monde n’a jamais été aussi inquiétante : 1,02 milliards de personnes souffrent de sous-alimentation et près de 40.000 personnes meurent de
faim tous les jours. C'est quasiment comme si une ville de taille moyenne mourrait chaque jour de faim...
Parallèlement à cette crise de la faim, des pays comme la Chine, le Japon, les pays du Golfe sécurisent
l'approvisionnement de leur population en achetant par centaines de milliers d'hectares des terres arables notamment en Afrique et en Asie Centrale. Cette course à la terre fertile montre que
l’agriculture est devenue un vrai enjeu géopolitique !
Enfin, dans ce contexte difficile, la France connaît une crise agricole majeure, sans doute la pire depuis
les 30 dernières années : les revenus des agriculteurs français ont ainsi chuté de 34% en 2009 après avoir baissé de 20% en 2008.
► Comment explique-t-on cette crise sans
précédent ?
L’agriculture a longtemps été exclusivement gérée par la seule loi du marché. Or la loi de
l'offre et de la demande ne peut pas régir seule un secteur aussi vital que celui de l'alimentation sans générer, au gré des saisons, des pénuries intolérables et des surplus gâchés. Les
fruits de la terre ne sont pas des biens comme les autres.
Ainsi, pour satisfaire la loi d’un marché agricole mondialisé qui pousse à la spécialisation dans la
production, beaucoup de pays en voie de développement, notamment en Afrique, ont sacrifié leurs cultures vivrières, qui assuraient leur autosuffisance alimentaire, pour se consacrer à la
monoculture (café, banane, cacao…). Ce mouvement les a placés dans une situation de grande dépendance : leur capacité à nourrir leur population est soumise aux aléas des prix agricoles
fixés par les marchés internationaux. Parallèlement, l’indépendance alimentaire de ces pays a été fragilisée par l’insuffisance des investissements dans la modernisation de l’agriculture et par
le rachat des terres arables par d’autres Etats ou par des grandes firmes étrangères.
Nulle question de pénurie en Europe, plutôt de mauvaise gestion de l’abondance. La concurrence acharnée
sur les marchés européens ruine le secteur agricole en écrasant les prix… Au point que bien des terres arables en France sont laissées en jachère pour créer artificiellement une pénurie qui
ferait remonter les cours agricoles.
On en arrive ainsi à un incroyable gâchis : des populations affamées au Sud et des agriculteurs ruinés au
Nord !
► Quelles sont les solutions pour assurer notre sécurité
alimentaire tout en luttant contre la faim dans le monde ?
Pour répondre à ces défis, les députés UMP ont lancé un groupe de travail sur la sécurité et l’indépendance
alimentaire animé par Christian Jacob, Pierre Lequiller et Patrick Ollier. Ce groupe a tenu des Assises le jeudi 21 janvier 2010 à l’Assemblée nationale autour notamment de grands témoins
comme Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, Bruno Le Maire, Ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche, Jean-Luc Demarty, Directeur Général de l’Agriculture et du
Développement rural à la Commission européenne.
Des ces assises ressortent une conclusion fondamentale : pour assurer notre sécurité alimentaire, il
faut réguler l’agriculture au niveau européen, mondial et français.
1. Il faut une politique agricole commune ambitieuse et modernisée en Europe. La réforme de la
PAC de 2013 se prépare aujourd’hui. Nous devons arriver à convaincre nos partenaires qu'en défendant la PAC, nous ne défendons pas notre intérêt de pays agricole: nous défendons leurs
intérêts de consommateurs! La PAC, c’est 100 euros par Européen et par an. Nous devons arriver à faire comprendre que 100 euros par an, moins de 30 centimes par jour, ce n’est pas de l’eau versé
dans un tonneau troué, c'est le prix de la sécurité, de la diversité et de la qualité de notre alimentation !
Nous devons affermir et moderniser le principe fondateur de la PAC : la préférence communautaire.
Il ne s'agit pas de faire de l'Europe une forteresse mais nous avons le devoir de protéger le marché européen des variations brutales des cours mondiaux et des importations à bas prix qui ne
respectent aucune contrainte sanitaire, sociale et environnementale. Si nos prix sont élevés en dépit de notre productivité importante, c'est parce que nos agriculteurs ont des cahiers des
charges très lourds à respecter, en matière de traçabilité, de santé animale, de limitation des pratiques polluantes... Nos partenaires commerciaux sont loin d’avoir les mêmes exigences ! Voilà
pourquoi une taxe carbone aux frontières de l’Europe aurait par exemple du sens. Cela ne veut pas dire que nous devons nous replier sur nous-mêmes et ignorer les contraintes des autres pays du
monde, particulièrement des régions les moins développées.
2. Il faut mettre en place nouveaux outils de régulation à l'échelle mondiale ! Il est temps d’inventer
une gouvernance agricole des grandes régions mondiales. Cette organisation prendrait en charge les grandes orientations régionales, la gestion des stocks et superviserait la fixation pour
chaque grande région agricole de prix d’équilibre, qui pourrait fluctuer dans une fourchette variable, comme le serpent monétaire européen…
Les marchés agricoles mondiaux doivent aussi substituer la notion de coopération et de partenariat à celle
de concurrence aveugle. Ce partenariat devrait reposer sur deux impératifs incontournables :
-
- la justice : chaque grande région doit être capable de se nourrir et d'exporter, sans menacer les
agricultures des autres ensembles,
-
- l’environnement : le respect de la planète ne peut plus être une clause accessoire !
Les efforts dans l’aide au développement doivent se porter en priorité sur le volet agricole. Nous
devons accompagner la création de filières agricoles intégrées dans les pays les moins développés et accélérer les transferts de technologie vers les agricultures les moins
productives.
Ne nous voilons pas la face, c’est aussi une manière de contribuer à une meilleure maîtrise des flux
migratoires internationaux ! Si nous voulons que les populations locales se fixent sur leur territoire, il faut au moins qu’elles puissent manger et boire. La faim est un des meilleurs alliés
de l’immigration clandestine… Pas forcément entre le Sud et le Nord mais entre les pays du Sud eux-mêmes, avec des risques de déstabilisation dramatiques pour les régimes les plus fragiles
!
3. A l’échelle française, il faut continuer d’investir et de moderniser notre agriculture ! En France,
dans nos régions, il faut encore et sans cesse poursuivre l’effort de modernisation de notre agriculture. A travers le projet de loi de modernisation agricole, nous allons donner un signal
fort ! Il est possible d’agir concrètement pour améliorer la situation de nos agriculteurs et pour rééquilibrer les relations entre les différents acteurs au sein des filières agricoles,
notamment :
-
- en systématisant les contrats écrits, précisant les volumes échangés et les prix sur des durées
longues,
-
- en améliorant les instruments de couverture des risques, qui protègent les producteurs contre les aléas
du marché,
-
- en développant des politiques publiques de l’alimentation, qui donne la part belle aux productions
agricoles locales
-
- en protégeant mieux les terres agricoles contre les spéculations immobilières pour ne pas sacrifier
l’avenir de notre alimentation aux caprices du présent !
C’est bien en jouant sur les trois niveaux de gouvernance, mondial, européen et français, que nous pourrons
réguler l’agriculture et assurer notre indépendance alimentaire tout en relevant le défi d’augmenter de 70% de la production agricole d'ici 2050, dans le respect des équilibres environnementaux,
pour nourrir 9 milliards d'habitants sur la planète !