Samedi 14 juin 2008 6 14 /06 /Juin /2008 08:35
« L'Assemblée nationale est une auberge espagnole »

Éric Straumann a été élu député de la 1ère circonscription du Haut-Rhin il y a un an. - Il fait le bilan de son activité naissante de parlementaire. - Évoque les dossiers à suivre. - Commente sa relation avec Gilbert Meyer.

Quel regard portez-vous sur cette première année ?

Un regard très positif. J'ai immédiatement été intégré par le groupe de l'UMP, sans difficulté. Dès l'automne, j'ai rédigé un rapport sur l'assurance vie que j'ai pu suivre de la genèse du texte à son vote final au Sénat. On m'a fait confiance. L'Assemblée nationale est une auberge espagnole : on y trouve ce qu'on y apporte. J'ai été étonné par la liberté qu'on peut avoir au sein du groupe UMP et par la grande ouverture d'esprit des collègues. J'ai fait passer des amendements dès septembre. J'ai également été surpris par la proximité avec les ministres.


Le travail de législateur et les débats à l'Assemblée nationale sont-ils conformes à vos attentes ?

J'ai été agréablement surpris dans le sens où il est possible de faire passer des idées. Mais la grande difficulté est trouver une place dans l'ordre du jour. La proposition de loi sur l'établissement public du livre foncier d'Alsace-Moselle que j'ai rédigée en accord avec la Chancellerie ne peut par exemple pas être inscrite faute de créneau disponible. C'est dommage.


« Je ne dois rien à aucun parti politique mais tout à mes électeurs »


Comment conciliez-vous votre engagement de législateur et celui de représentant d'un territoire ?

Jean-François Copé nous a toujours dit : « Vous n'êtes pas des super-conseillers généraux. Vous êtes des élus de la nation, certes élus sur un territoire, mais qui devez défendre l'intérêt général de la nation ». Ce qui n'empêche pas certaines interventions sur des dossiers locaux. J'ai ainsi obtenu de Jean-Paul Bailly, le président de La Poste, le renforcement de la direction commerciale de Colmar qui était menacée. Valérie Pécresse a également autorisé la création de deux licences professionnelles à l'IUT de Colmar. Et j'ai toujours suivi, notamment en liaison avec Jean-Marie Bockel, la question du maintien du 15.2 et de la reconversion de la BA 132 à l'intérieur de l'armée. Les débats sur les OGM et sur la réforme des institutions ont illustré la volonté d'une partie des députés UMP de s'émanciper de la tutelle gouvernementale et présidentielle.


Comment vous situez-vous dans ce rapport ?

J'ai objectivement une liberté politique puisque j'ai été élu sans investiture. Je ne dois rien à aucun parti politique mais tout à mes électeurs. J'avais des doutes sur les OGM après avoir consulté les acteurs locaux : agriculteurs et chercheurs. Pour les débats sur les institutions, je ne crois pas que le sujet passionne les Français. Mais il est évident que le contexte a beaucoup évolué depuis 1958 et que les règles de fonctionnement de nos institutions doivent s'adapter. La possibilité pour n'importe quel justiciable de saisir directement le Conseil constitutionnel est une avancée de l'État de droit. Il est dommage que le débat ait pris une tournure politique. J'espère que la gauche ne va pas voter contre ce texte qui reconnaît désormais, dans la Constitution, les langues régionales et l'égalité professionnelle homme/femme.


Quelles sont les relations entre le maire de Colmar et vous-même ? Vous est-il déjà arrivé de porter des dossiers à Paris d'une seule voix ? Ce manque de cohésion n'est-il pas dommageable pour la ville ?

Je souhaite qu'elles soient aussi cordiales que possible. Il ne m'a pas récemment sollicité pour un dossier national. Je serais évidemment prêt à défendre les intérêts de la ville de Colmar si une demande précise m'est faite.


« On me reproche mon hyperactivité : on me dit qu'on me voit partout »


Vos détracteurs, qu'on retrouve beaucoup au sein de la municipalité colmarienne, estiment que vous n'êtes pas très actif et que votre bilan est maigre. Que leur répondez-vous ?

On me reproche au contraire mon hyperactivité. J'ai posé 88 questions au gouvernement, déposé deux propositions de loi dont je suis l'auteur, co-signé 50 autres propositions de loi et rédigé deux rapports. On me dit qu'on me voit partout ; mais c'est aussi le rôle du député d'être présent sur le terrain, aussi bien en ville qu'à la campagne. Le renforcement du pôle universitaire avec la création de deux filières est certainement due à mon intervention auprès de la ministre qui m'a reçu. Le 15.2 n'est aujourd'hui plus menacé et je souhaite m'impliquer au développement économique de la région. J'ai par exemple sensibilisé Nathalie Roos, la PDG de Mars Chocolat France, sur le site de Wrigley Biesheim après l'annonce du rachat de Wrigley par Mars. J'ai aussi résolu nombre de problèmes administratifs auxquels sont soumis mes concitoyens. J'ai l'habitude de dire que je ne peux pas changer les rouages du mécanisme mais mettre de l'huile pour qu'il fonctionne mieux. J'ai enfin lancé, sous le parrainage de Hubert Haenel, une réunion mensuelle des parlementaires alsaciens de la majorité qui comprend les présidents des grandes collectivités.


Quels sont les dossiers à enjeux dans la circonscription pour les prochains mois ? Sur le plan économique, Colmar et son bassin d'emploi sont-ils par exemple prêts à absorber une possible désindustrialisation ?

Au niveau régional, c'est la 2e tranche du TGV-Est où les élus alsaciens doivent se montrer unis. je suis à l'origine, avec des collègues parlementaires, d'une réunion qui se tiendra le 25 juin au Sénat entre RFF, la SNCF, les parlementaires et les présidents des trois collectivités. Le gain de temps renforcera l'attractivité de Colmar qui sera à 2 h 15 de Paris. Nous avons des atouts à faire jouer au niveau du tourisme ; mes collègues du conseil général m'ont proposé de prendre la présidence de l'ADT 68. Je me suis mobilisé sur les dossiers industriels sensibles (DMC) et j'ai suivi de près les opérations sur le capital d'Alcan. Je souhaite également m'investir pour le développement de la zone industrielle de Nambsheim qui présente des atouts formidables dans la multimodalité de ses accès (route, fer, fluvial).


Propos recueillis par Franck Buchy

Par Eric STRAUMANN - Publié dans : Vie locale
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